C'est une fin de non-recevoir de la part de France Inter. Hier, mercredi 2 septembre, le personnel de Radio France entamait un bras de fer avec sa direction en se prononçant, à l'issue d'une assemblée générale, en faveur d'une grève en cas de refus du retrait de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction du magazine d'extrême-droite Valeurs Actuelles, recruté, en cette rentrée, par France Inter pour un édito hebdomadaire dans sa matinale du week-end.

"Valeurs Actuelles, plusieurs fois condamné pour racisme et incitation à la haine, n'est pas compatible avec les valeurs humanistes, démocratiques et républicaines que nos radios de service public ont pour mission de défendre. Cela dépasse France Inter et entache l'image de tout Radio France", peut-on lire dans la motion adoptée à l'unanimité à l'issue de l'assemblée générale. "Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation des discours de haine, condamnables ou condamnés, sur nos antennes", poursuit la motion.

Depuis, la réaction de Radio France ne s'est pas faite attendre. Dans un long mail adressé aujourd'hui, jeudi 3 septembre, au personnel de France Inter, et qu'a pu consulter Le Parisien, le directeur éditorial de Radio France, Vincent Meslet, a assuré que Charles Sapin serait bel et bien à l'antenne ce week-end. Pour lui, en raison du "symbole" que représente Valeurs Actuelles, ses collègues le jugent "sur des intentions supposées, non sur des faits, des actes ou des chroniques précises".

"Si Valeurs Actuelles devait retourner à ses démons, nous en tirerions les conséquences sans délai"

"Avec Patrick Cohen, Anne Rosencher, Camille Vigogne Le Coat et Charles Sapin, nous avons quatre signatures respectées pour leur rigueur journalistique, avec des sensibilités différentes, et surtout une faculté à penser par eux-mêmes", estime Vincent Meslet, qui évoque ensuite "l'autre symbole", à savoir "celui que nous enverrions en reculant".

"Depuis deux ans, on nous réclame des têtes. Nous n'en avons livré aucune. Si nous livrons celle-ci parce que la demande vient de l'intérieur, nous n'aurons plus rien à opposer la prochaine fois qu'elle viendra de l'extérieur. Une indépendance qui ne s'exerce que vers l'extérieur n'est pas une indépendance: c'est un confort", considère le directeur éditorial de Radio France. Un passage qu'apprécieront certainement l'éditorialiste Thomas Legrand, ou bien l'humoriste Guillaume Meurice.

Vincent Meslet conclut en garantissant que, "face au racisme, à l'antisémitisme, à l'islamophobie, à la haine, à la remise en cause des droits fondamentaux, au climatoscepticisme, il n'y aura aucune tolérance, pour Charles Sapin comme pour tous". "Et si Valeurs Actuelles devait retourner à ses démons, nous en tirerions les conséquences sans délai", promet le directeur éditorial de Radio France. Reste désormais à savoir si ce mail sera suffisant pour calmer la protestation au sein du groupe public.