C'est un premier départ qui ne passe pas inaperçu. Moins de deux semaines après le lancement de L'Infiltré, le nouvel hebdomadaire numérique porté par Erik Tegnér, son rédacteur en chef adjoint, Sébastien Lignier, a déjà pris ses distances avec le projet. L'information est révélée ce mercredi 14 octobre par La Lettre, qui fait état d'un départ intervenu dans un contexte de tensions éditoriales autour d'une enquête très attendue, mais finalement retirée de la programmation quelques heures avant sa publication.
Ancien chef du service politique de Valeurs actuelles, Sébastien Lignier avait rejoint la rédaction de ce nouveau titre aux côtés de Jules Torres, son rédacteur en chef. Lancé le 29 septembre 2026 par Artefakt, la société d'Erik Tegnér également à l'origine de Frontières, L'Infiltré entendait se positionner sur le terrain de l'investigation politique. Mais son lancement a été marqué par une première controverse : une enquête annoncée sur une supposée source interne au Rassemblement national, accusée de transmettre des informations à la presse de gauche, n'a finalement jamais été publiée.
Déprogrammée à la dernière minute
Avant même la parution de son premier numéro, L'Infiltré avait organisé une importante campagne de communication autour de cette enquête. Le média promettait de révéler l'identité d'une personne présentée comme une source interne au Rassemblement national alimentant des journalistes de gauche. Une révélation annoncée comme l'un des premiers coups éditoriaux du nouveau titre, qui ambitionnait de se faire une place dans le paysage de l'investigation politique.
Mais quelques heures avant sa publication, l'article a été déprogrammé. Dans un communiqué, l'équipe de L'Infiltré avait expliqué ne pas vouloir que ses révélations alimentent la polémique médiatique déclenchée par une enquête de Mediapart consacrée à des propos antisémites attribués à Jordan Bardella. Une justification qui n'a pas dissipé les interrogations sur les véritables raisons de ce retrait.
D'après les éléments rapportés par La Lettre, qui reprend sur ce point des informations de Libération et de CGTV, la déprogrammation aurait également résulté de pressions politiques et médiatiques. Marine Le Pen serait intervenue auprès d'Arnaud Lagardère, tandis que des acteurs de l'écosystème de CNews auraient souhaité éviter une dégradation de leurs relations avec la dirigeante du Rassemblement national, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
Sébastien Lignier efface les traces de son arrivée à L'Infiltré
C'est dans ce contexte que Sébastien Lignier aurait décidé de prendre ses distances avec le média. Selon La Lettre, sa réflexion aurait débuté dès le premier numéro de L'Infiltré, avant d'aboutir à son départ moins de deux semaines après le lancement. Une décision d'autant plus remarquée que le journaliste occupait une fonction importante au sein de la rédaction, juste derrière Jules Torres.
Plusieurs changements sur ses réseaux sociaux viennent appuyer les informations du média spécialisé. Sébastien Lignier a supprimé la mention de sa fonction de rédacteur en chef adjoint de L'Infiltré. Il a également effacé une publication dans laquelle il annonçait son arrivée au sein du projet, aux côtés de Jules Torres, qu'il présentait comme un proche collaborateur. Ces modifications ne font que confirmer les informations dévoilées par nos confrères ce mercredi.
Pour autant, ce départ ne signifie pas que Sébastien Lignier quitte l'ensemble des médias de la sphère Lagardère. Toujours selon La Lettre, le journaliste poursuit ses interventions sur CNews et Europe 1, tout en continuant à signer des articles dans Le Journal du dimanche. Son retrait concernerait donc spécifiquement L'Infiltré, et non l'ensemble de ses collaborations médiatiques.
Un premier revers pour le nouveau média d'Erik Tegnér
Ce départ intervient alors que L'Infiltré vient tout juste de faire son entrée dans le paysage médiatique. Le titre est édité par Artefakt, structure également propriétaire de Frontières. Comme le rappelle La Lettre, Vincent Bolloré détient indirectement 25 % du capital de Frontières, par l'intermédiaire de Lagardère Media News. Une configuration qui place les activités d'Erik Tegnér au croisement de plusieurs médias partageant des liens capitalistiques et éditoriaux.
Pour L'Infiltré, la succession de ces événements constitue un début compliqué. L'hebdomadaire avait choisi de faire de l'investigation politique son principal argument de lancement, avant de renoncer à publier une enquête présentée comme majeure, afin d'éviter à CNews et Europe 1 de se mettre à dos les principaux cadres du RN. Moins de quinze jours plus tard, il perd l'un de ses principaux responsables éditoriaux.
Reste désormais à savoir comment Erik Tegnér et Jules Torres entendent poursuivre le développement de leur nouveau titre, après cette première défection. À ce stade, La Lettre ne fait état d'aucun successeur désigné pour Sébastien Lignier. Son départ illustre néanmoins les difficultés auxquelles peut se heurter un média revendiquant une ambition d'investigation lorsque ses enquêtes touchent à des intérêts politiques sensibles.













