Une formule choc, une vague d'indignation et une publication finalement supprimée. Ce samedi 10 octobre, le magazine Marianne s'est retrouvé (à très juste raison) au cœur d'une vive polémique sur X après avoir publié un message particulièrement virulent pour promouvoir une tribune consacrée au mouvement lycéen. En cause, une citation évoquant "une jeunesse atteinte d'un sida mental", reprise sans préciser qu'elle provenait d'un éditorial publié quarante ans plus tôt. Une présentation qui a rapidement suscité la colère de plusieurs personnalités politiques, notamment à gauche, mais aussi de journalistes et d'internautes.

Dans son tweet, Marianne écrivait : "C'est une jeunesse atteinte d'un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles ; tous les virus décomposants l'atteignent. Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs têtes. Rien, mais ce rien les dévore." Le message renvoyait à une tribune intitulée Le mouvement lycéen semble gangrené par une minorité de petits-bourgeois qui se rêvent en Dany le Rouge, signée par le journaliste Édouard Roux. Mais la publication ne précisait pas que ces mots étaient empruntés à un ancien éditorial de Louis Pauwels, publié dans Le Figaro en 1986. Une omission qui pouvait laisser croire que le journaliste de Marianne venait lui-même de qualifier ainsi les lycéens actuellement mobilisés.

Thomas Portes, Marine Tondelier, Ian Brossat... La gauche dénonce des propos scandaleux

La réaction ne s'est pas fait attendre. Plusieurs élus de gauche ont vivement dénoncé la publication du magazine. Le député LFI Thomas Portes s'est emporté sur X : "Sida mental. Ces gens sont des malades." Son collègue Carlos Martens Bilongo a également réagi : "Sida mental, voilà le mot utilisé par Marianne. Une ligne éditoriale qui a perdu toute humanité naturelle". Le sénateur communiste Ian Brossat n'a pas davantage mâché ses mots : "Sida mental… Il faut être complètement ravagé pour écrire des conneries pareilles…"

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a elle aussi interpellé directement le magazine : "Sida mental... Non mais ça va pas bien Marianne de publier des trucs pareils ?" De son côté, le conseiller municipal de Roissy-en-Brie Youssef Aqira a publié un message particulièrement offensif : "Le torchon Marianne ressort le sida mental de Jean-Marie Le Pen pour salir une jeunesse révoltée. Les chiens de garde auront beau dégainer la carte de la psychiatrisation... Cette jeunesse nous a déjà démontré qu'elle n'a pas vocation à rassurer ce système mais à le (bazarder)." La polémique a ainsi rapidement dépassé le seul cercle des lecteurs du magazine, plusieurs responsables politiques s'emparant de la publication pour dénoncer les termes employés à l'égard de la jeunesse.

Marianne se justifie, mais supprime finalement son tweet

Face à la multiplication des critiques, Marianne a tenté de rétablir le contexte de la citation. Sur X, le magazine a publié une explication : "Si vous lisez l'article vous verrez qu'il s'agit uniquement d'une citation extraite d'un édito du Figaro écrit en 1986. Notre journaliste précise d'ailleurs : 'A l’évidence, nous ne tremperons pas notre plume dans le même encrier acide pour qualifier certains lycéens présents sur les plateaux de télévision.'" Une mise au point destinée à rappeler que les mots incriminés n'avaient pas été écrits en 2026 par Édouard Roux, mais qu'ils étaient cités dans sa tribune pour établir un parallèle avec une autre époque.

Cette explication n'a toutefois pas suffi à éteindre la controverse. Le tweet initial a finalement été supprimé par Marianne, alors que la tribune d'Édouard Roux demeure accessible sur le site du magazine. Le journaliste Fabien Randanne a dénoncé la manière dont l'article avait été présenté : "Le sensationnalisme opportuniste de Marianne. Le billet est posté en laissant penser que ces mots sur le sida mental ont été écrits ces jours-ci par Edouard Roux et non en 1986. C’est honteux. Mais ça crée de l’engagement, du clic, des stats, alors Marianne se réjouit".

Dans une seconde publication, il a également critiqué le traitement de la citation dans la tribune : "Cependant, Édouard Roux ne dénonce en rien les termes employés par Louis Pauwels. Pour lui, parler de sida mental, c’est employer des mots cinglants et acides. Le 'A l’évidence, nous ne tremperons pas…' n’est donc pas si évident."

Le retrait de la publication ne met pas fin à la polémique

Malgré la suppression du message initial, les réactions continuent de se multiplier sur X. Ilan Gabet, militant LFI et chroniqueur dans Estelle Midi sur RMC, a notamment souligné la disparition du tweet : "Marianne vient de supprimer ce tweet. Pour Marianne, nous sommes atteint d’un sida mental. Est-ce qu’on se rend compte de la dinguerie ?" La journaliste de franceinfo Jeanne Baron s'est également exprimée : "Une jeunesse atteinte de Sida mental Marianne ? Vraiment ? Vous n’auriez pas pu trouver encore pire ?" Des réactions qui témoignent de la persistance de l'indignation, y compris après les explications apportées par le magazine.

Au cœur de cette affaire, la différence entre le contenu de la tribune et la manière dont Marianne l'a présentée sur les réseaux sociaux. Dans son article, Édouard Roux reprend une citation historique de Louis Pauwels et précise ne pas vouloir employer les mêmes termes pour qualifier les lycéens d'aujourd'hui. Mais en isolant la formule la plus polémique sans en mentionner l'origine, la publication sur X a créé une confusion, potentiellement volontaire, sur l'auteur et la date des propos. Le magazine a finalement choisi de retirer ce message, tout en maintenant l'intégralité de la tribune en ligne. Une décision qui n'a pas empêché la polémique de se poursuivre, plusieurs élus et journalistes continuant de dénoncer la communication du titre.