Le cinéma français perd l’un de ses visages. Bernard Verley est décédé ce samedi 27 septembre à Tréguier, dans les Côtes-d’Armor, à l’âge de 86 ans. Né le 4 octobre 1939, le comédien laisse derrière lui une carrière particulièrement riche, débutée au tout début des années 1960 et longue de plus de six décennies. Il avait également exercé comme producteur et réalisateur.
Après des études aux Beaux-Arts de Lille, Bernard Verley s’était tourné vers le théâtre en fréquentant le Cours Dullin avant d’intégrer le TNP de Jean Vilar. Il fait ses premiers pas au cinéma en 1960 dans Les Honneurs de la guerre, puis décroche dès l’année suivante le rôle-titre de Napoléon II : l’Aiglon. Mais c’est notamment sa rencontre avec Éric Rohmer qui va durablement marquer sa carrière.
Un visage incontournable du cinéma d’auteur
En 1972, Bernard Verley tient le rôle principal de L’Amour l’après-midi, sixième et dernier volet des Contes moraux d’Éric Rohmer. Il y incarne Frédéric, un homme marié dont le quotidien est bouleversé par l’arrivée d’une autre femme, interprétée par Zouzou. Sa propre épouse, Françoise Verley, lui donne d’ailleurs la réplique dans le film.
Au fil de sa carrière, l’acteur travaille avec de nombreux grands noms du cinéma. Luis Buñuel lui confie le rôle de Jésus dans La Voie lactée, avant de le retrouver dans Le Fantôme de la liberté. Bernard Verley tourne également sous la direction de Jean-Luc Godard, Patrice Chéreau, Claude Chabrol, Pascale Ferran ou encore Jacques Doillon, pour lequel il incarne Victor Hugo dans Rodin.
Encore à l’écran quelques mois avant sa mort
Après avoir mis sa carrière de comédien entre parenthèses au milieu des années 1970 pour se consacrer à la production, Bernard Verley était revenu devant les caméras au début des années 1990. La date de sa disparition offre une coïncidence particulière avec l’un des rôles marquants de la fin de sa carrière. En 2019, François Ozon lui avait confié dans Grâce à Dieu le rôle du père Bernard Preynat, prêtre lyonnais au cœur d’une retentissante affaire de pédocriminalité dans l’Église. Un film qui racontait notamment le combat de victimes et la libération de leur parole face à l’institution catholique.
Sept ans plus tard, Bernard Verley disparaît précisément le jour où le pape Léon XIV, en visite en France, place lui aussi les violences sexuelles dans l’Église au cœur de son déplacement à Lourdes. Ce dimanche, le souverain pontife a appelé les évêques français à poursuivre leur action contre ce "douloureux fléau" et devait rencontrer en privé plusieurs victimes. Une troublante coïncidence pour l’acteur qui avait incarné à l’écran l’un des prêtres pédocriminels les plus tristement célèbres de France.













