Le doute n’est pas né avec Pangram. Invité de Quelle époque ! samedi soir sur France 2, Éric-Emmanuel Schmitt a raconté que C’était ça ou mourir, le roman de Thélyson Orélien, avait déjà fait réagir plusieurs membres de l’Académie Goncourt avant même que les accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle n’éclatent publiquement.
D’après le récit de l’écrivain dans l'émission de France 2, Christine Angot avait jugé le texte "artificiel" dès cet été. Pierre Assouline avait lui aussi exprimé ses doutes. Mais ces impressions n’avaient pas empêché le livre de figurer parmi les titres de la première sélection du prix, annoncée le 2 septembre. À ce stade, il s’agissait seulement de réserves de lecteurs mais pas d’une preuve sur la manière dont le roman avait été écrit.
Les plagiats changent la discussion
L’affaire a pris une autre dimension à partir du 21 septembre. Un compte sur X a affirmé avoir soumis des passages du livre à Pangram, un outil de détection de textes générés par IA où il est affirmé que le roman a été écrit par l'intelligence artificielle. Thélyson Orélien a rejeté l’accusation et défendu son travail d’écriture. La fiabilité d’un résultat produit par ce type d’outil a également été discutée.
Éric-Emmanuel Schmitt n’était pas, au départ, favorable à ce que l’Académie écarte le roman sur la seule base des soupçons liés à l’IA. Les révélations concernant des plagiats dans d’anciens textes de l’auteur ont changé la teneur du débat. Selon lui, c’est à partir de ces éléments que leur position s’est durcie. Son récit éclaire ainsi les coulisses d’une décision que le communiqué officiel ne détaille pas.
Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a finalement retiré C’était ça ou mourir de sa première sélection. Dans son communiqué, elle évoque "des plagiats dont son auteur s’est rendu coupable" et estime, sur la base de plusieurs analyses, que le roman est "selon toute vraisemblance très largement le produit d’une Intelligence Artificielle".
Ce que raconte Éric-Emmanuel Schmitt donne une autre chronologie à cette éviction. Au Goncourt, certaines voix s’interrogeaient déjà sur le texte bien avant que Pangram ne place Thélyson Orélien au centre de la polémique.