La course lancée avec CNews pour la tête des audiences auprès des chaînes d'infos en continu aurait-elle poussé BFMTV à changer? Depuis quelques jours, personnalités politiques, médiatiques et anonymes font feu de tout bois contre BFMTV, dont la part de responsabilité est discutée dans l'actuelle libération et progression des discours et des actes racistes au sein de notre société.
Samedi 31 octobre, une vidéo partagée par la chaîne d'infos en continu sur ses réseaux sociaux a ainsi particulièrement fait parler. Dedans, on peut y voir le grand reporter Igor Sahiri, le jour-même, lors de la manifestation parisienne des étudiantes et des étudiants, en train d'interrompre le tournage d'un reportage perturbé par une jeune manifestante remontée contre sa chaîne, avant de lui tendre son micro pour essayer de rétablir le dialogue. "Echanger, toujours. Ecouter les revendications, quelle qu'elles soient. Et essayer de faire tomber les préjugés sur le travail des journalistes d'une chaîne d'info", résume Igor Sahiri.
Une séquence qui a notamment interpelé Quotidien sur TMC. Invité, hier, lundi 2 novembre, de Yann Barthès, le grand reporter a tenu à apporter un peu de "nuance" dans les débats enflammés qui se jouent actuellement autour du média pour lequel il travaille depuis 2012.
"BFMTV est taxée de chaîne raciste. C'est dramatique parce que c'est factuellement faux. Je ne pourrais pas assumer de travailler pour une chaîne d'extrême-droite. Le problème qui se pose aujourd'hui, c'est que ce qui retient l'attention, ce sont les plateaux, au détriment du terrain. On subit ce qui peut se dire en plateau. Quelques secondes d'un dérapage d'un invité, voire d'un éditorialiste, peut neutraliser tout le travail plutôt bien fait de l'ensemble de la rédaction", considère Igor Sahiri.
Pour lui, la question à poser n'est pas tant au niveau de la légitimité de certaines intervenantes et intervenants, ou bien de la qualité de la modération des échanges par les journalistes en plateau, mais plutôt sur la place prise par les interviews et les débats eux-mêmes dans la grille de BFMTV.
"Je crois qu'il y a sans doute une réflexion à avoir sur l'éditorialisation de l'information, sur l'opinion et le commentaire, qui prennent de plus en plus de place. Il y a quinze ou vingt ans sur BFMTV, il n'y avait pas tout ça, c'était que du reportage. BFMTV, c'est surtout du terrain, du reportage", fait remarquer Igor Sahiri, évoquant un prix récemment obtenu par la chaîne pour un reportage de Ligne rouge sur "la famine à Gaza".
Interrogé au sujet du recrutement, à la rentrée, de Sonia Mabrouk par BFMTV, le journaliste reconnait ensuite que l'ancien visage phare de CNews, à l'antenne tous les soirs, "cristallise" les tensions. "Il y a, effectivement, des journalistes de la rédaction qui se posent la question de savoir si on a bien fait de faire venir Sonia Mabrouk. On l'a encore rencontré tout à l'heure parce qu'il y a beaucoup de discussions, en ce moment, au sein de la rédaction. La direction tente de nous écouter et de nous comprendre parce que, encore une fois, il y a un malaise", rapporte Igor Sahiri, qui "entend les critiques" mais exhorte à "ne pas faire de raccourcis" face à "des ressentis".
Sur l'ensemble du mois dernier, BFMTV est arrivée ex-aequo avec CNews en termes d'audiences auprès des chaînes d'infos en continu, avec 3,6% de part de marché, d'après Médiamétrie. Les deux chaînes étaient suivies par LCI (2,8%), et loin devant franceinfo (1,2%).