Les tensions ne faiblissent pas. Depuis plusieurs semaines, et notamment depuis l'arrivée de Sonia Mabrouk à la rentrée sur BFMTV, la chaîne d'information en continu fait face à une forte crise en interne.
Après les syndicats, ce sont désormais 160 salariés de la chaîne qui ont interpellé leur direction dans une longue lettre au vitriol ce lundi 2 novembre. L'écrit a été relayé par le journaliste du Parisien, Benoît Daragon sur son compte X.
"Une dérive idéologique" pour les salariés de BFMTV
"Nous, salariés de Netxprod, en régie, sur le terrain, à la production, à la technique ou à l'infographie ; permanents et intermittents, si nous vous écrivons aujourd'hui c'est parce que la situation éditoriale de nos antennes, et BFMTV plus particulièrement, nous préoccupe", débute la lettre.
Les salariés pointent du doigt "la lente dérive idéologique des opinions exposées qui nous inquiète. Vous invoquez le pluralisme, nous dénonçons l'installation et la banalisation progressive des idées d'extrême droite par la voix d'invités multicondamnés, de chroniqueurs, ou d'éditorialistes politiques aux propos réactionnaires et racistes rarement encadrés ou contredits."
Avant de poursuivre : "depuis des semaines, les images de violences et de pillages inondent notre antenne au détriment des revendications des manifestants - l'ARCOM nous a d'ailleurs rappelé à l'ordre à ce sujet ; quand, depuis plusieurs mois, les discours associant immigration, origines, religions et criminalité sont monnaie courante et contribuent à entretenir des amalgames dangereux ; quand des théories racistes et complotistes telles que celles du "Grand Remplacement" ou des "Français de souche" sont défendues par des invités en plateau ; quand les termes "racailles" ou "sauvages" sont employés pour désigner les jeunes de banlieue, et ce sans contradiction ou condamnation ferme à l'antenne ; c'est l'image de notre chaîne que vous dégradez."
"La direction de BFMTV a une responsabilité"
Ces dernières semaines, de nombreux journalistes ont été pris à partie lorsqu'ils étaient sur le terrain. Des journalistes de médias différents, dont certains de BFMTV. Les équipes évoquent un "BFM bashing" qui, "a toujours existé", mais, "nous ne pouvons être sourds aux accusations grandissantes à notre encontre et ne pas faire un lien évident avec les propos tenus en plateau", disent les salariés.
Une situation dangereuse, qui ne peut plus durer. "Dangereux car nos collègues sur le terrain, qu'ils soient journalistes ou techniciens, sont, aujourd'hui plus que jamais, invectivés, insultés, agressés. L'hostilité est devenue quotidienne, nourrie par le rejet d'une antenne dont nous mesurons la toxicité. Partir en reportage la peur au ventre est inacceptable. En arriver, ces derniers jours, à devoir cacher nos noms à l'antenne pour nous protéger est inacceptable. Si nous condamnons fermement ces agressions, nous refusons que des salariés de notre groupe soient pris à partie ou rendus collectivement responsables des choix éditoriaux de leur direction."
Avant de conclure : "La direction de BFMTV a une responsabilité envers ses salariés et la société, elle doit l'assumer pleinement. C'est pourquoi nous demandons à la direction de prendre enfin la pleine mesure de cette situation, et d'envisager un rééquilibrage éditorial qui renoue avec l'éthique, la rigueur et le respect de la déontologie journalistique. En espérant avoir été entendus, compris, et qu'une véritable prise de conscience voie le jour."














