Une chronique qui ne passe toujours pas. Mercredi 14 octobre dernier, Akim Omiri était de retour sur Radio Nova avec un nouveau numéro en direct de La riposte. Un numéro notamment marqué par une chronique de l'humoriste Pierre Metzger, qui, à quelques jours de manifestations appelées dans toute la France, avait notamment décidé de se moquer des itinéraires généralement empruntés par celles à Paris, suggérant alors une idée osée au public de la radio.

"Non mais objectivement, c'est quoi l'intérêt d'aller manifester devant chez Lecornu alors qu'au **, rue *****, t'as l'hôtel particulier de Bernard Arnault? Je pose la question", avait lancé Pierre Metzger, avant d'aller encore plus loin que de divulguer l'adresse du domicile de l'homme d'affaires. "Ecoutez-moi: on part de la villa ***** dans le **e, où on attrape Bolloré - oui, c'est son adresse - et on lui met un petit nœud de cravate coulissant autour du cou pour qu'il soit présentable", avait poursuivi l'humoriste, mimant une pendaison. "Puis, on fait un premier arrêt dans le **e, chez Bernard Arnault, où on fait rire un maximum Vincent sous sa fenêtre. Là, on tape des barres avec les deux et on tape si fort qu'ils finissent par dire à Lecornu de nous écouter", avait proposé Pierre Metzger, insistant lourdement, à chaque fois, sur le mot "taper" et le double sens qu'il revêt ici.

La direction de Radio Nova se désolidarise de Pierre Metzger, pas Akim Omiri et les équipes de "La riposte"

"Après ça, on va toujours pas à Matignon mais au siège social de Matignon: le Medef, au **, avenue *****", avait continué l'humoriste, sous les rires et les applaudissements du public de l'émission. Avant de lâcher: "Arrivés au siège social du Medef, je veux toujours pas me faire sauter la vidéo donc, on va dire qu'on fait une immense balle au prisonnier. C'est un jeu, alors n'hésitez pas à tirer dans la tête". Tollé à la suite de la diffusion de La riposte: les adresses balancées à l'antenne par Pierre Metzger sont bipées en replay, avant que la chronique ne soit carrément retirée des réseaux sociaux de la radio. "Les propos tenus dans la vidéo ne reflètent ni les valeurs ni la ligne éditoriale de Radio Nova. La liberté d'expression est un principe fondamental. Le refus de la violence l'est tout autant", s'était excusée la radio dans un communiqué envoyé à l'AFP, samedi 17 octobre.

Problème: la justice a, depuis, décidé de s'en mêler et a convoqué, le 29 octobre dernier, l'humoriste de Radio Nova, d'après les informations de Blast. L'enquête porterait sur des soupçons de "provocation publique et directe non-suivie d'effet à commettre un crime ou un délit" et de "divulgation d'informations personnelles permettant d'identifier ou de localiser une personne et exposant à un risque direct d'atteinte à la personne ou aux biens". Toujours d'après nos confrères de Blast, un cadre dirigeant de Combat, le groupe de médias propriétaire de Radio Nova, a également dû se présenter, à ce titre, devant la police judiciaire le 2 novembre dernier.

"Il y a une dérive autoritaire dans ce pays", commente Pierre Metzger après sa convocation par la police

Invité à réagir par Blast, Pierre Metzger dénonce une "tentative d'intimidation" qui ne "changera pas [sa] manière de faire de l'humour". "Il y a une dérive autoritaire dans ce pays, la liberté d'expression est mise à mal", estime l'humoriste, qui affirme avoir reçu de nombreuses menaces en ligne et par téléphone. Il se dit, d'ailleurs, prêt à engager des poursuites judiciaires, face au "cyberharcèlement organisé et coordonné par l'extrême-droite".

Pierre Metzger peut, en tout cas, compter sur le soutien des équipes de La riposte. À commencer par celui de son animateur, Akim Omiri, qui considère qu'il s'agit là d'une tentative pour faire taire "l'une des rares émissions de gauche du paysage médiatique français". "Parfois, les blagues ne sont pas réussies, parfois elles sont outrancières. Mais ce sont des blagues. On est dans une époque où, le lendemain de l'attaque raciste de Trappes, on invite à la télévision les responsables du climat anxiogène et ceux qui ont motivé ce drame. Mais c'est aux humoristes qu'on s'en prend...", embraye Kaza Hachemi, producteur de l'émission. À voir désormais ce qu'en pensera l'Arcom, également saisi au sujet de la séquence polémique par le député et maire d'extrême-droite de Nice, Eric Ciotti.