La polémique aura pris une ampleur considérable en quelques heures. Au lendemain de l'attribution du Prix du Roman Fnac 2026 à Thélyson Orélien pour C'était ça ou mourir, des publications sur les réseaux sociaux ont affirmé que le premier roman de l'écrivain québécois d'origine haïtienne aurait été, au moins en partie, généré ou retravaillé grâce à une intelligence artificielle. À l'origine de ces soupçons figurent notamment des analyses réalisées avec Pangram, un outil de détection de textes supposément produits par IA. Ces résultats ne constituent toutefois pas, à eux seuls, une preuve permettant d'établir les conditions dans lesquelles le livre a été écrit.
La controverse intervient au moment où le roman connaît un succès spectaculaire. Paru en France chez Grasset le 19 août, C'était ça ou mourir s'est déjà écoulé à près de 35 000 exemplaires, selon NielsenIQ BookData cité par Livres Hebdo. Outre le Prix du Roman Fnac obtenu lundi, l'ouvrage figure dans les premières sélections du Goncourt, du Renaudot, du Femina et du Médicis et avait déjà décroché plusieurs distinctions. Il est également arrivé en tête du Palmarès 2026 des libraires établi par Livres Hebdo.
"J'ai commencé à écrire C'était ça ou mourir à l'automne 2017"
Face à l'emballement, Thélyson Orélien a décidé de répondre. Dans une déclaration transmise ce mardi par son éditeur, l'écrivain assure que la genèse de son roman est très antérieure à l'essor actuel des intelligences artificielles génératives. "J'ai commencé à écrire C'était ça ou mourir à l'automne 2017 et j'en ai achevé le premier jet en 2019", explique-t-il. Une chronologie qu'il oppose directement aux soupçons apparus ces dernières heures.
L'auteur défend également les particularités stylistiques de son texte, dont certaines ont précisément nourri les interrogations des outils de détection. "Je viens d'une tradition littéraire haïtienne et caribéenne où la poésie, les images, les répétitions et le rythme portent une parole vivante", écrit-il. Pour Thélyson Orélien, transformer ces caractéristiques en indices d'une intervention de l'IA relève d'une mauvaise lecture de son travail : "On peut discuter de mon style, mais faire de ses procédés des preuves d'intelligence artificielle n'a rien à voir avec la critique littéraire."
Grasset dénonce des accusations "malveillantes"
Son éditeur monte lui aussi fermement au créneau. Dans un communiqué publié ce mardi, Grasset indique avoir "pris connaissance des allégations" circulant depuis la veille et assure renouveler sa "confiance absolue" à l'écrivain. La maison qualifie C'était ça ou mourir de roman "original, puissant" et rappelle que le livre a été largement soutenu par les libraires et la critique en France comme au Québec.
Surtout, Grasset "s'élève fermement contre tout propos malveillant affirmant de façon péremptoire que le livre aurait été nourri ou écrit par une IA". L'éditeur affirme se tenir "aux côtés" de Thélyson Orélien et souligne que son travail poétique est mené "depuis vingt ans". Cette prise de position intervient alors que la controverse s'est propagée le jour même où le Prix du Roman Fnac venait consacrer le livre, distinction attribuée par un jury composé de 400 libraires et 400 adhérents Fnac.
"Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine"
Thélyson Orélien va plus loin en défendant l'origine profondément personnelle de son écriture. Il revendique notamment l'influence d'Aimé Césaire et de l'écrivain haïtien Jacques Stephen Alexis, dont il dit tenter "modestement d'apprendre la liberté de langue". Une manière de répondre à ceux qui considèrent certaines répétitions, constructions ou images de son roman comme des marqueurs potentiels d'un texte généré artificiellement.
L'écrivain remercie enfin les lecteurs qui continuent à soutenir son ouvrage et déplore implicitement la suspicion dont son travail fait désormais l'objet. "Dans un monde où certains voudraient toujours vérifier d'où l'on vient avant d'écouter ce que l'on dit, cet accueil me touche profondément", écrit-il. Les analyses automatisées à l'origine de la polémique continuent, elles, de faire débat : un détecteur d'IA produit une estimation statistique et son résultat ne permet pas, sans éléments matériels supplémentaires, d'établir à lui seul qu'un auteur a effectivement utilisé une intelligence artificielle. La controverse demeure donc, à ce stade, fondée sur des soupçons que Thélyson Orélien et son éditeur contestent catégoriquement.













