C'est une polémique qui prend de l'ampleur depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux. C'était ça ou mourir, premier roman de Thélyson Orélien publié en France chez Grasset le 19 août, aurait-il été écrit, au moins en partie, à l'aide de l'intelligence artificielle ? L'affirmation est partie d'une publication de @Pangramed, auteur qui prétend "combattre l'AI-slop" et qui recherche, via Pangram, un outil destiné à détecter les textes générés par IA, les auteurs adeptes de cette pratique. Celle-ci affirme avoir analysé plusieurs passages du livre et obtenu des résultats les classant comme produits par une intelligence artificielle. La publication est depuis abondamment commentée et relayée en ligne.
Mais à ce stade, rien ne permet d'établir comme un fait que le roman a été écrit par une IA. Les résultats d'un détecteur constituent un indice avancé par son éditeur, pas une preuve permettant à eux seuls d'établir les conditions de rédaction d'une œuvre. selon l'auteur, Pangram est un outil de détection des contenus IA redoutable : "son taux de faux positif est de 0,00041, soit environ un texte humain sur 24400" affirme-t-il. Selon cet outil, le roman de Thélyson Orélien serait rédigé à 100% par une intelligence artificielle, comme le démontrent les deux premiers paragraphes évalués par @Pangramed.
Un roman couvert de prix en quelques semaines
La polémique est d'autant plus retentissante que C'était ça ou mourir est l'un des phénomènes littéraires de cette rentrée 2026. Ce lundi 21 septembre encore, Thélyson Orélien a remporté le prestigieux prix du Roman Fnac 2026, décerné par un jury composé de 400 libraires Fnac et 400 adhérents. Son livre avait déjà décroché les prix Méduse, Première Plume, RomanNews et Espoir du groupe Ebra. Il figure également dans les sélections des prix Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis.
Le succès est également commercial. Selon NielsenIQ BookData, cité par Livres Hebdo, près de 35 000 exemplaires avaient déjà été écoulés en France, moins de cinq semaines après sa parution chez Grasset. Le titre occupe la troisième place du classement des meilleures ventes de romans établi par NielsenIQ BookData/Livres Hebdo. Le 21 septembre, il est également arrivé en tête du Palmarès Livres Hebdo des libraires, recueillant 63 votes.
Thélyson Orélien affirme travailler sur ce livre depuis 2017
Un élément rend toutefois indispensable la prudence autour des accusations apparues ces dernières heures. Thélyson Orélien a publiquement raconté une genèse du roman remontant à 2017, bien avant l'explosion des outils d'IA générative accessibles au grand public. Au Figaro, l'écrivain expliquait avoir commencé à travailler sur son récit à cette époque, après être allé rencontrer des migrants haïtiens et vénézuéliens afin de recueillir leurs témoignages. Il disait avoir longuement cherché "la bonne musique" de son texte et travaillé sa phrase et sa musicalité.
Le livre n'est par ailleurs pas arrivé directement chez Grasset. Il a d'abord été publié au Québec par les Éditions du Boréal en mars 2026, avant que ses droits français ne soient acquis par Grasset à l'issue d'enchères entre éditeurs. Ses droits ont depuis été cédés dans plus d'une vingtaine de pays. Thélyson Orélien, né en Haïti en 1988 et installé au Québec, n'est pas non plus un auteur apparu avec ce premier roman : Grasset le présente comme poète, romancier et critique.
Les réponses de Grasset et de l'auteur désormais très attendues
Reste donc une question essentielle : que détecte réellement Pangram dans C'était ça ou mourir ? Une utilisation d'IA lors de la rédaction ou de la réécriture ? Des caractéristiques stylistiques donnant lieu à une détection erronée ? À ce stade, les résultats diffusés en ligne ne permettent pas de trancher entre ces hypothèses. Il faudrait notamment connaître précisément les passages analysés, leur version éditoriale, la méthodologie employée et disposer d'éléments indépendants sur le processus d'écriture.
La réponse de Thélyson Orélien et de Grasset est désormais particulièrement attendue. L'enjeu dépasse largement une polémique sur les réseaux sociaux : le roman vient d'être consacré par plusieurs jurys littéraires, connaît un important succès commercial et concourt encore pour plusieurs des principaux prix de l'automne. Si l'utilisation d'une IA était établie, il resterait en outre à déterminer sa nature et son ampleur — assistance, réécriture ou génération de passages — avant de pouvoir mesurer ce qu'elle implique réellement pour l'œuvre et les récompenses déjà obtenues. Pourraient-être annulées ? Nul ne sait, tant les enjeux autour de l'utilisation de l'IA sont nouveaux.











