La direction de BFMTV hausse le ton. Alors que la chaîne traverse une crise interne majeure autour de sa ligne éditoriale, Camille Andrieu, dirigeante de CMA Média, a adressé ce vendredi 6 novembre un courriel à l'ensemble des salariés pour tenter d'apaiser les tensions. Mais le message contient aussi une mise en garde très ferme à l'encontre des collaborateurs qui critiquent publiquement leur entreprise ou certaines de ses figures. Au cœur de cette prise de position : Sonia Mabrouk, arrivée de CNews il y a deux mois et devenue, malgré elle, l'un des principaux symboles de la contestation qui secoue la chaîne.

Cette intervention survient après plusieurs jours de tensions particulièrement vives au sein de BFMTV. Après une première mobilisation de 160 techniciens, 213 journalistes ont à leur tour signé une lettre dénonçant ce qu'ils considèrent comme une banalisation des propos racistes ou discriminatoires à l'antenne, une place excessive accordée aux éditorialistes et un affaiblissement du reportage de terrain. La présence de Sonia Mabrouk a également été mise en cause dans les critiques internes. Selon les informations précédemment révélées par CGTV, la journaliste, très affectée par cette situation, aurait même envisagé de se mettre temporairement en retrait, une hypothèse que sa direction entend écarter.

"Sonia Mabrouk a toute sa place sur BFMTV"

Dans son message, Camille Andrieu apporte un soutien particulièrement appuyé à la présentatrice. "Nous n'acceptons la prise à partie d'aucun de nos journalistes, présentateurs, reporters de terrain, spécialistes en plateau. Je veux à ce titre redire que Sonia Mabrouk a toute sa place sur BFMTV. Comme chacun de nos journalistes, elle contribue au pluralisme et au succès de la chaîne", écrit-elle. La dirigeante insiste sur la nécessité de protéger l'ensemble des collaborateurs, quelles que soient leurs fonctions ou leurs sensibilités. "Rien ne doit jamais conduire à isoler un collègue, à remettre en cause sa légitimité à exercer son métier ou, pire, à l'exposer à des menaces", poursuit-elle.

Camille Andrieu va plus loin en adressant un avertissement explicite aux salariés qui mettent publiquement en cause la chaîne ou ses personnalités. "Je n'accepterai plus que nos médias ou les personnalités qui les incarnent soient publiquement dénigrés", prévient-elle. Une formule particulièrement forte dans le contexte actuel, alors que plusieurs collaborateurs ont pris la parole pour dénoncer les orientations éditoriales de BFMTV. La direction affirme ainsi sa volonté de défendre ses journalistes face aux attaques personnelles. Reste à savoir comment cette mise en garde sera accueillie par les signataires des courriers internes, qui présentent leurs interventions comme des alertes professionnelles sur le fonctionnement de leur rédaction.

Accusations de racisme rejetées

Sur le fond des critiques, la dirigeante de CMA Média refuse catégoriquement les accusations visant la ligne éditoriale de BFMTV. "Je récuse avec la plus grande fermeté les accusations de complaisance envers le racisme portées contre nos antennes. Elles sont contraires à nos valeurs. Nous ne pouvons pas les accepter", affirme-t-elle. Avant d'insister : "BFMTV n'est la chaîne d'aucun camp. Nos journalistes exercent leur métier avec exigence, indépendance et responsabilité." Camille Andrieu reconnaît toutefois que la chaîne peut progresser et corriger certaines erreurs, tout en dénonçant des "procès d'intention" qu'elle estime injustifiés. Une réponse directe aux inquiétudes exprimées par une partie de la rédaction à l'approche de la présidentielle de 2027.

Pour tenter de sortir de la crise, Camille Andrieu annonce également plusieurs mesures concrètes. Elle a demandé à Jean-Philippe Baille et Fabien Namias de rencontrer les équipes dans les prochains jours afin d'échanger sur le renforcement des reportages, avec de nouvelles ressources, la nomination d'un coordinateur chargé de garantir l'équilibre des invités à l'antenne et la création d'une cellule de riposte destinée à répondre systématiquement aux fausses informations visant les chaînes du groupe. "J'ai entendu vos attentes", assure-t-elle. Reste à déterminer si ces annonces suffiront à rétablir la confiance entre la direction et des salariés profondément divisés, alors que le cas Sonia Mabrouk continue de cristalliser les tensions internes.